Parmi les nombreux ateliers attirant les badauds de la place, celui du fondeur-orfèvre devait être l’un des plus fascinants. C’est là qu’on assistait, dans une ambiance enfumée et une chaleur infernale, à la création de bijoux précieux.

Pourtant, son atelier était fort simple. Il travaillait sûrement à l’air libre, creusait son foyer à même le sol et y installait un soufflet capable d’amener les braises à la température nécessaire.

Moule, (Haithabu, Danemark).

Ce moule pouvait tout aussi bien servir à la création de croix chrétiennes qu’à celle de marteaux de Thor.

Photo: Musée National du Danemark

    Le point de départ d’un moule à fondre est un modèle en plomb. On l’enrobe d’argile molle pour faire le moule provisoire. Ces modèles sont réutilisables.

Suivons par exemple les différentes étapes de la fabrication d’une broche.

Maquette en cire:

À partir d’un modèle de bijou (réalisé en plomb par exemple), on fait un moule provisoire en argile dans lequel on coule de la cire pour obtenir une sorte de maquette.

Moule à fondre:

  1. 1.On fabrique une pâte à base d’argile, de sable et de matières organiques tamisées. Ce mélange est appliqué en plusieurs couches sur la maquette de cire, éliminée ensuite à la chaleur.

  2. 2.Des encoches d’assemblage sont pratiquées et des tenons de cire ajoutés pour les points de fixation de l’épingle. Un petit morceau de textile imbibé de cire chaude est alors appliqué à l’intérieur et coupé au ras du moule. On obtient une représentation de la future broche, de forme et d’épaisseur corrects. L’autre moitié du moule est formée en appliquant une pâte argileuse sur le textile. Le moule est mis à sécher puis à chauffer pour éliminer la cire.

On sépare les deux moitiés pour extraire le textile. Le moule est ré-assemblé et rendu étanche à l’argile.

Fonte de la broche:

  1. 1.Le moule est cuit pour ne pas qu’il éclate pendant la fonte.

  2. 2.Le bronze est fondu dans un creuset, puis versé dans le moule préalablement chauffé à 700 degrés.

  3. 3.On laisse refroidir le moule lentement dans le foyer, puis on le casse avec précaution pour pouvoir en retirer la broche.

Le taquet formé par l’ouverture en entonnoir du moule est éliminé d’un coup de burin. Le bijou est nettoyé, ébarbé à la lime. Sa décoration est rafraîchie au grattoir.

Les étapes du moulage

Broches ovales (Brunlanes, Vestfold)

© Kulturhistorisk museum, Universitetet i Oslo / Eirik Irgens Johnsen

Gestumblindi poursuivit:

“Il a la voix perçante

et foule une dure route

qu’il a déjà souvent parcourue.

Ses baisers sont rudes;

il a deux bouches

et marche sur un plancher d’or.

Roi Heidrek, devine mon énigme.

- Je l’ai devinée, répondit le roi. C’est un marteau d’orfèvre qui frappe bruyamment quand il frappe sur l’enclume qui est sa route.”

Hervarar Saga

Introduction

Illustration: © Flemming Bau

    Les creusets étaient faits d’un mélange de sable et d’argile, vernissés à l’extérieur sous l’influence de la chaleur. Quelques exemplaires pratiquement entiers ont pu être trouvés lors de fouilles archéologiques. Souvent, le creuset était de forme cylindrique avec un ergot sur le côté pour que le fondeur puisse sortir le creuset du foyer avec sa pince.

Il a fallu aux orfèvres un matériel extrêmement élaboré pour parvenir à fabriquer les bijoux contournés, filigranés, incrustés qui ont été retrouvés.


Ready-made ?

Lors des fouilles de la ville de Ribe (première ville danoise mentionnée dans les écrits, un manuscrit de 855), on a retrouvé, parmi quelques 3 000 fragments de moules, un assez grand nombre de moules semblables. Il est fort probable qu’avec un même modèle, l’artisan pouvait réaliser plusieurs moules et pratiquer ce qu’on appelle aujourd’hui la production de bijoux en série.

Pas plus que l’or, si admirablement travaillé aux VIe et VIIe siècles, l’argent ne se trouve à l’état natif dans les pays scandinaves. L’Est, Russie et Orient, a été le plus gros fournisseur jusque vers 850, lorsque les Arabes coupent les voies traditionnelles du commerce. Le trafic avec l’Orient ne reprendra qu’un siècle plus tard et par d’autres routes. Aux IXe et XIè siècles, l’argent arrive d’Allemagne, surtout grâce au commerce. Au Xe siècle, la Grande-Bretagne enrichit à son tour les Vikings. D’abord grâce aux taxes et impôts comme le danegeld, puis grâce aux soldes des guerriers au service des rois vikings. Avant même de devenir le roi Canute, le Danois Knútr paie ses hommes en pièces anglaises.


Durant toute la période viking, l’argent reste le métal le plus recherché, pour les parures certes, mais surtout comme base du système monétaire. La beauté d’un objet en argent, volé ou échangé, n’empêche pas qu’il soit fondu en lingots ou barres qui seront à leur tour pesés sur les balances pliantes que bien des vikings emportent avec eux.

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