La hache de fer du paysan-forestier et l’épée forgée du combattant sont deux symboles forts de la réussite militaire et économique des vikings en Europe. Le viking est un artisan polyvalent et réputé. L’économie du monde viking a longtemps continué et développé les traditions issues de l’âge du bronze et de l’âge de fer. Marin, guerrier ou paysan, chaque viking est à lui-même son propre artisan. Le bóndi (l’homme libre) est fondamentalement un paysan et doit donc pouvoir se doter des outils et instruments nécessaires aux diverses activités de son existence.

« Envoie à Higelac si la mort au combat m’emporte

le superbe corselet qui me protège la poitrine,

le plus noble des vêtements: il me vient de Hrethel,

c’est une œuvre de Weland. Toujours va la destinée

[comme elle doit. »


Beowulf

(trad. andré crépin)

Arrêtons-nous quelques instants sur le site de Møsstrond. Les hellegryter découverts à Møsstrond, dans le Telemark, ont un foyer large de 45 à 70 cm de diamètre et haut d’environ 35 cm. La datation au carbone 14 indique une période d’utilisation allant de l’an 550 à l’an 800 environ. À cette époque le fourneau était constitué d’une cheminée de four et d’un trou à crassier récupérant les résidus de métal (cf. photo). On a longtemps cru que ces fourneaux en pierres alignés servaient à la production de fer. Pourtant une étude de l’Institut de technologie des matériaux d’Oslo a récemment découvert  qu’un calcul du rendement mène à une valeur négative. Ceci s’expliquerait par le type de bois présent dans la région (du pin de faible altitude) et mal adapté à la fonte du fer. Cela veut donc dire que le hellegryte de Møsstrond ne pouvait pas être utilisé pour la production de métal ? Pourtant la région était connue pour son importante production, environ 20 tonnes par an entre 1100 et 1275 ap. JC. À quoi servait donc le site de Møsstrond ?


Quelque part entre l’an 600 et l’an 800, une nouvelle technologie avec des fourneau plus petit et percés sur les côtés fut introduite. Le nombre de fourneau datant cette période, incluant ceux de Møsstrond, est d’environ 10 000. Contrairement à la génération de fourneaux précédente, ceux-ci n’étaient pas chargés avec du bois mais avec du charbon de bois et étaient chauffés en envoyant de l’air par les ouvertures. Le type de bois utilisé n’était donc plus de première importance. L’énorme production de fer à Møsstrond après l’an 1000 est clairement liée à ce nouveau type de fourneau . L’hellegryte de Møsstrond n’était donc pas un site d’extraction du fer, comme c’était le cas ailleurs jusqu’au VIe siècle de notre ère. Møsstrond était en réalité le lieu où s’opérait un pré-traitement du minerai. Ce pré-traitement offrait une matière première d’excellente qualité pour la fonte en tant que telle. Le semi-produit était acheminé vers un autre site comme matière première pour une fonte conventionnelle dans les fourneau typiques de la période: une cheminée de four avec un trou à crassier comme on en a trouvé 20km plus loin.

Cette découverte prouve combien les anciens Scandinaves, en divisant le processus de production de fer en plusieurs étape, étaient devenu maîtres dans l’art de la fonte et avaient su l’organiser de manière géniale.

Coffre à outils, Mästermyr, Suède.

Cet authentique coffre à outils de l’époque viking fut découvert en 1936 sur une île au large de la Suède, rempli d’outils pour la forge et la charpenterie.

Plus d’informations sur le site de l’association américano-canadienne Mästermyr Project: www.netlabs.net/~osan/Mastermyr/

Photo : © Christer Åhlin/The Museum of National Antiquities

maîtres du fer et du feu

Wayland’s Smithy, Grande-Bretagne

Le long tumulus connu localement sous le nom de Smithy (“la forge”), près d’Uffington, dans le Wiltshire, est associé au dieu forgeron Wayland, nommé Völund ou Völundr en Scandinavie.

Ce tumulus a cependant été construit bien avant l’époque saxonne, entre 3700 et 3400 avant JC.

La légende dit qu’un cheval laissé seul ici une nuit avec une petite pièce d’argent sera retrouvé le lendemain entièrement ferré... mais sans la pièce !

Photos: © BBC/ancientmonument

Production de fer dans un hellegryte à Møsstrond (Norvège).

Illustration: © Hagen, A, (ed), 1975: De første nordmenn. Oslo

La production de fer avant l’an mil :

un processus complexe longtemps resté énigmatique

    La Scandinavie, en particulier la Suède, dispose d’abondants gisements de fer, riches en teneur et faciles à exploiter. On tirait aussi le fer de l’hématite, minerai très répandu dans ces contrées marécageuses, Islande comprise. De nombreux fossés bordés de pierre avec des restes de bois calciné datant de l’âge de fer ont été découverts dans les pays nordique. Ils servaient le plus souvent à sécher et cuire la viande, le poisson et les légumes. Cependant, faire du feu dans des fossés est également typique des fourneaux en pierre alignées et des fourneaux creusés, nommés hellegryter par les archéologues. On a découvert presque deux cents site d’exploitation du fer en Scandinavie vieux de 800 à 1400 ans. Celui de Møssvatn, dans le Hardangervidda, en Norvège, est situé à 900 mètres d’altitude et fut très utilisé. L’endroit pouvait fournir plusieurs tonnes de fer par an. Certains sites comprenaient huit ou neuf fourneaux, d’autres comptaient une centaine de fosses à charbon de bois par kilomètre carré.

La fabrication des armes

    Les récits traitant de la fabrication d’armes, surtout contenus dans des sources islandaises, ont tendance à se concentrer sur les plus somptueux objets offerts en héritage ou sur les armes magiques des héros. Les descriptions sont souvent obscurcies par des formules à valeur mystique. Il est dès lors impossible de savoir si ces récits peuvent offrir des informations précises sur cette activité, mais il ne fait aucun doute qu’un certain degré de cérémonie était apprécié lors de la fabrication d’une arme spéciale.

Cependant, chaque homme ne peut parfaitement maîtriser tous les arts et certains métiers ont leurs spécialistes. Chaque ville, port ou campement possède ainsi son atelier où les artisans du fer et du bois collaborent étroitement. Dans chaque village ou ferme importante, le forgeron produit et répare outils et ustensiles, armes, clefs, clous de bateaux, etc.

ACCUEILEncyclopedie_Culture_Viking.html

L’élément primordial lors de la fabrication d’une arme en fer est le carbone. Le fer ne peut pas être durci tant qu’il ne contient pas au moins 0,2 % de carbone, au-delà de 1%, le composé n’est plus de l’acier. Les Vikings devaient juger du degré de carbone par des méthodes traditionnelles, transmises par les maîtres à chaque nouvelle génération. Du fer de qualité moyenne pouvait être produit en chauffant du minerai de fer à 1200° C dans un fourneau, au milieu de matières organiques telles que des os. On pouvait ensuite le forger et l’étirer en longues tiges avec un outil en acier. Il était alors possible de le tordre et de le forger avec des tiges à plus faible teneur en carbone afin d’obtenir une lame composite ornée de motifs.

Les haches et les pointes de lance étaient normalement faites à partir de fer pur. Des tranchants en fer plus dur étaient parfois soudés sur des armes moins fragiles faites à partir d’acier à plus faible teneur en carbone.

Skallagrim, un très bon forgeron

Extrait de la Saga d’Egil


« Skallagrim était un très bon forgeron qui faisait chauffer de grandes quantités de minerai de fer [minerai de tourbe] en hiver. Il avait une forge au bord de la mer, très loin de Borg, à un endroit nommé Raufarnes, là où le bois était proche [ le bois lui servait de combustible pour faire du charbon ]. Comme il ne trouvait aucune roche assez dure ou lisse pour servir d’enclume – car il n’y avait que des cailloux et du sable fin sur la rive – Skallagrim a pris la mer un soir avec un huit-rames lorsque tout le monde s’était retiré pour la nuit et il a ramé jusqu’aux îles Midfjord. Il a alors jeté l’ancre de la proue, il est sorti du bateau, a plongé et a remonté une roche qu’il a mise dans le bateau. Il est ensuite remonté dans le bateau, a ramé jusqu’au rivage, a transporté la roche jusqu’à sa forge, l’a placée près de la porte et s’en est toujours servi pour forger. Cette roche est toujours là avec des scories à côté et sa tête est marquée par les coups de marteau. Elle a été usée par les vagues et elle est différente des autres roches de l’endroit. Quatre hommes ne réussiraient pas à la soulever aujourd’hui. »


Bernard Scudder, The Sagas of Icelanders: A Selection

Bibliographie


  1. -Sagas islandaises, trad. par Régis Boyer, Editions Gallimard, 1987.

  2. -The Sagas of Icelanders: A Selection, Jane Smiley, Robert Kellogg, The Penguin Group, 2000.

  3. -Mark Harrison, Viking Hersir 793–1066 AD, Osprey, 1993.

> Certains de ces ouvrages sont disponibles dans notre librairie

Sur le net


  1. -Site de l’association Dreknor : lien

  2. -Arne Espelund, «Pit metallurgy ?», The Journal of Metallurgy, Vol. 12, No. 2-3 (2006) : lien

L’art de la forge

Une forge.

© Éditions Opsrey

Support de poulie en fer du Dreknor, fidèle reconstitution bas-normande du bateau de Gokstad. On a calculé qu’il avait fallu 80 kilos de fer pour construire le navire original. 6000 clous et rivets forgés furent nécessaires à la réalisation du Dreknor.

Photo: © Encyclopédie Yggdrasil