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Patrick Weber, Comment est né ce projet ?


Patrick Weber : L’idée à l’origine vient d’une visite que j’avais fait étant gamin. J’avais été en vacances en Normandie avec mes parents et nous avions été voir la tapisserie de Bayeux. Celle-ci m’avait beaucoup impressionnée. Et puis, j’y suis retourné, plus tard, dans le cadre d’un roman intitulé « Vikings » dans lequel j’abordais déjà la tapisserie de Bayeux. Une partie seulement. J’avais envie de la voir de près car j’étais vraiment fasciné par cet œuvre. J’avais l’impression que tout y était déjà pourtant c’est une œuvre qui date déjà d’un millénaire ! Elle raconte une histoire vraiment comme une BD. Ce qui m’a fait penser qu’à mon sens, c’était la première BD de l’histoire de l’humanité ! C'est-à-dire qu’elle mêle le texte et l’image et qu’elle le fait, je trouve, de façon très harmonieuse.
Et puis il y a tout ! Il y a des cliffhangers comme on peut en voir au cinéma. Il y a des relances pour maintenir l’attention du lecteur. Il y a aussi de l’ambition, de la trahison, un désir de gloire. En fait, elle contient tout les ressort humains qui sont assez anciens et qui sont, je dirais, carrément éternelles.

1066 en bande-dessinée

Rencontre avec Patrick Weber et Emanuele Tenderini

Pourriez-vous nous expliquer la manière dont vous avez abordé graphiquement cet album ?


Tenderini : En fait, j’ai plusieurs styles graphiques. Quand j’entame un nouveau travail, je commence d’abord par définir le style graphique de l’histoire.
Pour cette BD, j’ai beaucoup étudié la tapisserie. Je suis parti à Bayeux avec Patrick. Nous avons beaucoup parlé avec la conservatrice du musée de Bayeux. Ensuite, lorsque je suis rentré chez moi à Venise, j’ai cherché de la documentation, dans les livres, etc.
Après, j’ai entamé le dessin en cherchant un style qui collerait avec la tapisserie et l’art que l’on retrouve dans les églises de cet époque. J’ai fait une série de crayonnés. Puis, j’ai complété les crayonnés avec un crayon gras. Après cela, vient la mise en couleurs qui sert aussi de correction au dessin. Le résultat final donne une sorte de fusion entre le crayon et la couleur.


Connaissiez-vous l’histoire de Guillaume le Conquérant avant d’entamer ce travail ?

Tenderini : Je connaissais la tapisserie et la bataille d’Hastings mais j’ai quand même dû revoir mes cours (rires). J’ai dû étudier sérieusement pour bien cerner les différents personnages historiques.


Merci et encore bravo.

Ouvrage disponible dans notre librairie, section Romans et BD

Patrick Weber : 1066 c’est une épopée assez incroyable car Guillaume est le dernier à avoir conquit l’Angleterre ! Napoléon a essayé de le faire mais il s’est planté ! Les Rois de France, idem. Hitler, etc. Il y a quand même des « grosses pointures militaires » qui ont essayé, sans succès. Alors que Guillaume a réussi ça. C’est un truc qui mérite d’être retenu !
Au musée, la conservatrice me disait qu’aujourd’hui, il y des gens qui viennent d’Australie, de Nouvelle Zélande pour voir la tapisserie et ils sont persuadés que leurs ancêtres étaient sur le bateau ! Ils sont convaincus que s’étaient des compagnons de Guillaume. Et à mon avis, si l’on fait un rapide calcul, on pourrait retrouver beaucoup de descendants de ces conquérants de l’Angleterre éparpillés dans le monde. Je ne suis pas un expert en généalogie mais je crois que ce n’est pas impossible. Et ce qui a de fascinant dans l’histoire selon moi, c’est que l’on construit bien le futur lorsque l’on connait bien le passé.

Il y a longtemps qu’on attendait une bande dessinée de qualité sur la Bataille d’Hastings. C’est chose faite grâce à «1006, Guillaume le conquérant », paru chez Lombard le 4 février 2011. Bien documenté et visuellement abouti, cet ouvrage complète parfaitement toute bonne bibliothèque sur l’épopée normande en Angleterre.


L’écrivain Patrick Weber et l’illustrateur Emanuele Tenderini reviennent sur le pourquoi et le comment de ce projet très réussi.


Propos recueillis par Christian Missia. Merci à graphivore.be

Bonjour Emanuele Tenderini, racontez-nous comment vous en êtes venu à travailler sur l’histoire de Guillaume le Conquérant ?


Tenderini : Patrick est un ami. Nous avions fait une BD ensemble, il y a 5 ou 6 ans, chez les Humanos Associés. Et lorsque Patrick a fini d’écrire le scénario, il m’a appelé tout de suite parce qu’il me connait et que j’étais disponible à ce moment là.

Et donc, je me disais que cette tapisserie de Bayeux a dû être adaptée en BD puisque c’est une bande dessinée. Mais cela n’avait jamais été fait ! J’en ai parlé avec la conservatrice du musée de Bayeux. Je lui ai dis que j’avais bien envie de me lancer dans l’aventure et elle m’a donné son accord.
Alors, je me suis mis en quête d’un dessinateur. J’ai travaillé sur le scénario. L’idée étant de rester très fidèle à la tapisserie mais j’y ajoute quand même mon grain de sel scénaristique car il y a des ellipses ou l’on ne sait pas trop ce qui s’est passé entre deux scènes. C’est là que le scénariste intervient et rempli les blancs.


Comment en êtes-vous arrivé à travailler avec Emanuele Tenderini ?


Patrick Weber : En fait, nous avions déjà fait deux albums ensemble chez les Humanoïdes Associés. C’est un dessinateur italien qui vit à Venise. Nous avions vraiment sympathisé lors de notre rencontre. Vous savez, souvent ce sont les éditeurs qui font les « mariages ». Et donc, je l’avais rencontré grâce à notre éditeur commun à l’époque. Et puis après, nous sommes resté en contact car j’aime vraiment ce qu’il fait et c’est naturellement que je lui ai proposé ce projet. Je lui ai dit ceci : « Ecoute mon grand, je sens que cela va te faire peur car il y a le côté historique. J’aimerais que ça reste assez fidèle, notamment au niveau des uniformes, des armes, des costumes, etc. J’ai envie que tu respectes vraiment la trame historique. »
Au début, il a été assez enthousiaste quand même ! Je lui ai proposé de venir à Bayeux et on a passé trois jours sur place à faire le tour de cette tapisserie. On a pris des marques, des croquis, etc. Et il a développé un style que moi je trouve intéressant car on pouvait faire quelque chose de très classique. En même temps, je trouve aussi que son style est assez moderne, tout en abordant le dessin d’une période qui est relativement ancienne. Il y a quelque chose aussi  qui pour moi fait référence directement au style même de la tapisserie. C'est-à-dire, l’épaisseur du trait, ce que l’on appelle « le cloisonné » dans l’histoire de l’art. Et je dirais aussi, qui évoque les vitraux des anciennes cathédrales. Je trouve que, l’un dans l’autre, il a fait un boulot vraiment intéressant !

© Éditions Heimdal

© Éditions Lombard

Tout au long de votre carrière, que ce soit en tant que journaliste ou en tant que romancier, on constate votre passion pour les têtes couronnées. D’où vient-elle ?